Témoignages Yarha 2025
Discours de Madame Sylvie NWET à l’occasion de la cérémonie d’ouverture de la 12ème édition de la Semaine Internationale du Premier Film
(Hôtel Hilton – 25 janvier 2026)

Excellences, Mesdames et Messieurs les membres du Gouvernement,
Mesdames et Messieurs les Chefs de missions diplomatiques,
Monsieur le représentant du Maire de la Ville de Yaoundé,
Distingués invités,
Chers partenaires et invités venus du Canada, de République du Congo, d’Égypte, du Gabon, du Maroc, du Nigéria, du Tchad et de Türkiye,
Chers cinéastes, chers festivaliers,
C’est avec une émotion particulière que je prends la parole ce soir, dans ce cadre prestigieux de l’Hôtel Hilton de Yaoundé, qui nous ouvre ses portes non seulement pour cette cérémonie, mais aussi pour accueillir certaines de nos projections les plus attendues.
Être ici, ce soir, pour lancer la 12ème édition du Festival YARHA, ce n’est pas simplement respecter une tradition annuelle.
C’est affirmer, année après année, que le Cameroun est une terre de cinéma.
C’est dire que notre capitale ne se définit pas uniquement par ses institutions administratives, mais qu’elle respire aussi par ses créateurs, par ses artistes, et par cette capacité unique à rassembler le monde autour d’une toile blanche.
Il y a douze ans, lorsque nous avons lancé la Semaine Internationale du 1er Film, nous étions portés par une conviction, peut-être un peu folle à l’époque : celle que le « premier film » n’est pas un brouillon. Au contraire,
– Le premier film est une urgence.
– C’est le cri d’un auteur, qui veut rompre le silence.
Cette énergie brute, intacte, nous la célébrons depuis plus de 10 ans.
Aujourd’hui, YARHA a grandi. Notre festival a mûri. Et cette maturité nous oblige. Elle nous impose de regarder notre industrie droit dans les yeux. C’est pourquoi nous avons choisi, pour cette édition, un thème qui résonne comme un manifeste : « Le cinéma de demain en Afrique : innovation, solidarité, excellence ». Permettez-moi de m’arrêter un instant sur ces trois piliers, car ils sont la clé de voûte de notre avenir commun.
D’abord, l’Innovation.
Le cinéma de demain ne se fera pas avec les recettes d’hier. L’innovation, ce n’est pas seulement la technologie, bien que nous l’abordions cette année avec nos ateliers sur l’Intelligence Artificielle. L’innovation, c’est l’audace narrative. C’est oser raconter nos histoires avec nos propres codes, notre propre rythme, sans chercher à imiter ce qui se fait ailleurs, mais en imposant notre singularité au monde.
Ensuite, la Solidarité.
Le cinéma est un art collectif par excellence. Aucun réalisateur ne fait un film seul. Mais au-delà de l’équipe de tournage, c’est la solidarité entre les nations qui nous permettra d’exister sur l’échiquier mondial.
Et je suis fière, immensément fière, de saluer la présence de nos pays partenaires : la République du Congo, l’Égypte, le Gabon, le Tchad et bien sûr la Türkiye. Leur présence ici,n’est pas protocolaire, elle est stratégique. Elle dessine les contours d’une coopération Sud-Sud vivante, concrète, où les cultures dialoguent pour se renforcer mutuellement.
Enfin, l’Excellence.
C’est notre seule armure. Dans un monde saturé d’images, seule la qualité nous permettra de traverser les frontières.
Cette exigence, nous l’avons appliquée, dès la sélection. Cette année, l’engouement international a été spectaculaire : nous avons reçu 131 films. 131 œuvres venues de 22 pays, du Maghreb à l’Afrique de l’Ouest, de l’Afrique centrale à l’Europe., sans parler du Proche Orient. Sur ces 131 propositions, notre comité, en toute indépendance et avec une grande rigueur, en a retenu 47.
Mais que serait une compétition sans un regard juste, expert, et bienveillant ? Pour départager ces œuvres, nous avons l’honneur de pouvoir compter sur un jury d’exception.
J’ai l’immense privilège de saluer une figure emblématique du cinéma, qui nous fait l’honneur d’être le Parrain de cette 12ème édition, et qui a accepté la lourde responsabilité de présider le Jury Long Métrage : Je veux parler de Monsieur Martin Poulibé. À ses côtés, pour présider le Jury Court Métrage et Documentaire, nous aurons cette année la talentueuse Malak Dahmouni qui nous vient du Maroc. Ils ne seront pas seuls dans cette tâche. Ils sont entourés de professionnels aguerris, venus du Cameroun, de Türkiye, d’Égypte, du Tchad, du Nigeria et du Gabon. Je pense à Axel Abessolo, Thérèse Ngono, Gorken Yeltan, Ruth Nkweti, Laura Onyama, Azza Elhosseiny, Marina Solmem et Jean-Claude M’Paka.
Mesdames et Messieurs les membres du jury, merci d’avoir accepté de prêter votre regard et votre sagesse pour récompenser l’excellence.
Cette édition va se déployer sur trois sites emblématiques de notre ville, créant un pont symbolique entre le prestige et le populaire.
Ici même, à l’Hôtel Hilton, nous célébrerons l’excellence et le glamour du 7ème Art à travers des projections exclusives. Ce sera également le cas au Djeuga Palace Hôtel.
Mais le cœur battant du festival, son âme populaire, sera installé à l’Hôtel de Ville de Yaoundé où se tiendra notre Village du Festival. C’est là-bas, sur l’esplanade, que le cinéma descendra dans la rue. C’est là-bas, que se tiendront les masterclass ainsi que les ateliers de danse et d’acting. C’est là-bas, que nous formerons la relève lors des « Matins petits-déjeuners ciné enfants ».
Ce lien, entre le Hilton, le Djeuga Palace et l’Hôtel de Ville, c’est le lien que nous voulons tisser entre l’élite artistique et le grand public. Car un cinéma qui ne rencontre pas son public est un cinéma orphelin.
Mesdames et Messieurs,
Je ne serais pas fidèle à ma mission si je ne profitais pas de cette tribune pour dire une vérité essentielle : si la fête est belle, le combat reste rude.
Derrière chaque image que vous verrez cette semaine, il y a des années de lutte. Il y a des producteurs qui hypothèquent leurs biens, des réalisateurs qui tournent avec des bouts de ficelle, des techniciens qui travaillent par pure passion.
Le cinéma africain, et particulièrement le cinéma camerounais, est à la croisée des chemins. Nous avons le talent. Nous avons les histoires. Nous avons un public assoiffé de se reconnaître à l’écran.
Ce qui nous manque trop souvent, c’est un écosystème structuré.
Ce qui nous manque, c’est un financement pérenne qui ne soit pas une aumône mais de l’investissement.
Car soutenir le cinéma, ce n’est pas faire de la charité culturelle. C’est investir dans une industrie qui crée de l’emploi, qui génère du tourisme et qui forge l’image de marque d’un pays à l’international.
C’est pourquoi je veux remercier avec force ceux qui ont compris cet enjeu et qui marchent à nos côtés.
– Merci à la Grande Mairie de Yaoundé, qui nous accompagne et nous offre sa « maison » pour le Village du festival.
– Merci au groupe Canal+, acteur incontournable de l’audiovisuel sur le continent.
– Merci à WIFT CAMEROON (Women in cinema)
– Merci à l’ACTICC, Association des Acteurs des Industries Culturelles et Créatives du Cameroun
– Merci à l’ambassade de Türkiye
– Merci à nos partenaires hôteliers, le Hilton et le Djeuga Palace, qui accueillent nos invités spéciaux venus partager leur savoir.
– Merci aux ministères de tutelle pour leur accompagnement institutionnel.
Durant cette semaine, je vous invite à être curieux.
– Allez voir ces films, à la salle Sita Bela rénovée et à l’Institut Français, sans oublier le Hilton et le Djeuga,
– Allez écouter nos débats dans tous nos lieus dédiés,
– Laissez-vous bousculer par ces regards, venus du Proche-Orient, d’Europe et bien sûr de l’Afrique tout entière.
Que chaque projection, soit une fenêtre ouverte.
Que chaque débat, soit une pierre, posée pour l’édifice de notre industrie.
Et que cette 12ème édition, soit celle de l’audace.
Au nom de toute l’équipe du festival, de tous ces bénévoles qui travaillent dans l’ombre pour mettre nos artistes et acteurs en lumière, je vous souhaite une excellente 12ème édition du Festival YARHA, Semaine Internationale du 1er Film.
Vive le cinéma ! Je vous remercie.
