Monsieur Balufu Bakupa-Kanyinda
Président du Colloque « I.A. et Création cinématographique en Afrique »
(20-21 janvier 2025)
Mesdames et Messieurs, distingués invités,
C’est avec une immense joie et un profond honneur que je vous adresse les salutations fraternelles de mon pays, la République Démocratique du Congo, et de son peuple. Permettez-moi également de vous saluer au nom du Congo de Patrice Lumumba, dont nous célébrons cette année le centenaire de naissance. En cette occasion mémorable, nous unifions cette commémoration à celles de Malcolm X, Frantz Fanon et Félix Moumié, tous nés en 1925, tous frères et combattants de la liberté du peuple noir.
En leur hommage, ainsi qu’en l’honneur de tous les martyrs de nos combats justes et de nos peuples valeureux, je vous invite, avec respect et gratitude, à observer une minute de silence.
(Minute de silence)
Mesdames et Messieurs,
Permettez-moi de commencer par adresser mes remerciements les plus chaleureux aux organisateurs du Festival Yarha, et tout particulièrement à ma sœur Sylvie Nwet, fondatrice visionnaire et figure emblématique que nous appelons affectueusement Madame Yarha. Par son engagement inlassable, elle donne vie au débat qui nous réunit ici maintenant et qui interroge et éclaire les dimensions culturelles et technologiques de notre époque. Grâce à son leadership et à l’implication de son équipe, ce colloque devient une plate-forme précieuse pour réfléchir ensemble sur un thème d’une importance capitale : l’impact de l’Intelligence Artificielle (IA) sur la création cinématographique en Afrique.
Je tiens également à exprimer ma gratitude au gouvernement du Cameroun pour son soutien constant à cette initiative noble qu’est Yarha. À travers son accompagnement, il témoigne de l’importance qu’il accorde au rayonnement culturel et au développement de l’industrie cinématographique africaine.
Je prie Monsieur le Ministre de la Culture et Monsieur le Ministre de la Communication, présents parmi nous ou représentés, de bien vouloir transmettre nos sincères remerciements et notre profonde reconnaissance à la très haute hiérarchie du pays, qui continue d’encourager de telles initiatives porteuses d’avenir.
Que cet espace d’échange et de réflexion soit une opportunité pour renforcer notre collaboration, nourrir notre créativité et valoriser le rôle du cinéma africain dans un monde en constante évolution.
Merci à toutes et à tous.
Ce colloque, que j’ai l’honneur de présider, se déroulera en deux temps : aujourd’hui, avec des échanges entre experts, et demain, lors d’une conférence élargie à mes camarades, nos sœurs et frères, les praticiens et praticiennes du cinéma. Ensemble, nous allons explorer les révolutions et les continuités du cinéma, interroger l’apport de l’IA dans nos narrations filmées, et réfléchir à son rôle comme levier d’innovation et de transformation pour le cinéma africain.
Enfin, je vous invite à considérer cette rencontre comme un espace de dialogue ouvert, où l’intelligence collective africaine peut s’exprimer pleinement, et où l’art cinématographique devient un moyen de représenter nos peuples, nos cultures et nos aspirations au monde entier.
Je vous remercie pour votre présence et votre engagement, et je vous souhaite des échanges fructueux et inspirants.
Vive l’Afrique créative, vive l’intelligence africaine, vive le cinéma !
Introduction au Colloque : IA et Création Cinématographique en Afrique
1/. Le Cinéma : Une Histoire de Révolutions et de Continuités
Depuis sa naissance, le cinéma, art et science de raconter le monde par l’image, a traversé des révolutions majeures. Chaque étape de son évolution, qu’elle soit technologique, artistique ou dramaturgique, a été marquée par des bouleversements profonds, suscitant des questionnements, des résistances, mais aussi des intégrations réussies.
Du cinéma muet au cinéma parlant, du Noir & Blanc à la couleur chromatique, des pellicules 8 mm au 35 mm, jusqu’à l’émergence du numérique, chaque transition a redéfini la manière dont nous percevons et créons le cinéma. Et pourtant, malgré ces mutations, le cinéma reste fidèle à lui-même : un art, une science, une technologie, mais surtout, une forme d’expression universelle, un spectacle de lumière et de son qui donne vie aux mouvements, aux récits et aux émotions humaines.
Mais le cinéma est bien plus qu’une prouesse technique ou esthétique. Faire un film est un acte politique. C’est représenter l’humain dans son mouvement social, ses gestes collectifs, sa civilisation et sa culture. C’est donner voix à des histoires qui transcendent le temps et l’espace, tout en reflétant les préoccupations contemporaines de la société.
2/. L’Intelligence Artificielle et le Cinéma Africain : Une Réflexion Nécessaire
Dans ce contexte de transformations continues, l’Afrique est face à une question cruciale : Que signifient les révolutions technologiques contemporaines, notamment l’Intelligence Artificielle (IA), pour notre manière de faire du cinéma ?
L’IA, bien qu’innovante, n’est pas une étrangère à notre imaginaire. Elle est, au fond, une science de l’homme, activée par l’homme. Derrière cette « intelligence artificielle » se trouve toujours l’intelligence humaine, celle qui conçoit, qui imagine et qui donne vie à des récits. La question devient alors : comment cette intelligence peut-elle enrichir nos pratiques ?
- Comment l’IA intervient-elle dans la conception d’un film, de l’idée naissante au scénario, de la production à la post-production ?
- Quels outils et méthodes pouvons-nous intégrer pour améliorer la créativité, tout en préservant notre singularité culturelle ?
- Comment l’IA peut-elle contribuer à représenter nos peuples, nos récits et nos visions du monde ?
3/. Une Intelligence Collective pour l’Intelligence Africaine
Nous sommes ici rassemblés pour réfléchir collectivement à ces questions. Ce colloque est un espace de dialogue, un lieu où nous pouvons interroger nos pratiques, nos outils et notre avenir dans le cinéma. Nous affirmons que l’IA, bien qu’universelle, doit être appréhendée par le prisme de l’intelligence africaine.
Faire un film, quel que soit l’outil utilisé, est un acte essentiel de représentation de son peuple au monde. À travers nos récits filmés, nous construisons des ponts entre les générations, les cultures et les civilisations. Nous portons l’humanité dans ses multiples dimensions, en affirmant fièrement la richesse de nos histoires et de nos visions.
Alors, parlons-en avec intelligence, avec l’intelligence africaine de la créativité. Portons nos récits, enrichissons nos narrations, et faisons de l’IA un outil au service de notre art, de notre science et de notre vision du monde.
Le cinéma africain, enrichi par l’intelligence artificielle, peut devenir le miroir de l’humanité entière, tout en restant profondément enraciné dans nos réalités et nos aspirations.
- COLLOQUE
Dans le cadre de la 11ème édition du Festival Yarha, ce colloque explore un sujet central et inédit : l’impact de l’Intelligence Artificielle (IA) sur la création cinématographique en Afrique. Alors que les technologies de l’IA repoussent sans cesse les limites du possible depuis leur émergence en 1950, leur rôle dans l’industrie cinématographique mondiale est devenu incontournable. En Afrique, bien que le cinéma ait traversé des crises structurelles, il connaît des progrès notables, mais l’adoption de l’IA reste encore timide.
Ce colloque s’interroge sur l’appropriation de l’IA par le cinéma africain, en mettant en lumière ses opportunités, ses défis, ainsi que ses implications sociales, économiques, politiques et géostratégiques. L’objectif est d’initier un débat structuré et inclusif autour des questions liées à l’IA et d’envisager des solutions adaptées pour maximiser son potentiel au service de l’industrie cinématographique en Afrique, et plus particulièrement au Cameroun.
Cette rencontre réunira des professionnels du cinéma, des experts en intelligence artificielle, des universitaires, des représentants institutionnels et des acteurs économiques pour réfléchir aux voies possibles de collaboration et d’innovation dans ce domaine.
I. Objectifs du Colloque
Le colloque vise principalement à :
- Explorer l’impact de l’IA sur l’industrie cinématographique africaine, en examinant ses applications pratiques, ses promesses et ses limites.
- Encourager l’innovation technologique, tout en réfléchissant aux défis éthiques que pose l’intégration de l’IA dans la création artistique.
- Promouvoir les échanges entre les différents acteurs concernés, notamment les professionnels du cinéma, les chercheurs, les institutions éducatives et les décideurs politiques.
- Formuler des recommandations concrètes pour soutenir une adoption inclusive et durable de l’IA dans le cinéma africain.
II. Thèmes et Sujets Abordés
Le colloque s’articule autour du thème central : « L’IA et la création cinématographique en Afrique », en développant cinq axes principaux :
Panel 1 : Politiques numériques des États africains à l’ère de l’IA
Ce panel examine les cadres législatifs et politiques nécessaires pour soutenir le développement de l’IA tout en maîtrisant ses effets potentiellement négatifs.
- Sous-thèmes :
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- État des lieux des politiques publiques relatives au numérique.
- Forces et faiblesses des cadres normatifs existants.
- Applications spécifiques de l’IA au cinéma et prévention des effets nocifs.
Panel 2 : Éducation de la jeunesse au cinéma à l’ère de l’IA
Ce panel explore le rôle de l’IA dans l’éducation artistique, notamment en outillant les jeunes pour favoriser leur créativité.
- Sous-thèmes :
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- Instruments politiques et institutionnels pour promouvoir l’éducation cinématographique.
- IA et éducation artistique : avantages et risques.
- Intégration de l’IA dans les programmes éducatifs dès la base.
Panel 3 : Partenariats africains et internationaux pour le développement de l’IA en Afrique
L’objectif est d’analyser les collaborations entre acteurs locaux et internationaux dans le développement de l’IA appliquée au cinéma.
- Sous-thèmes :
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- Coopération Nord-Sud et Sud-Sud en IA (exemple : Suisse-Afrique).
- Accès aux outils de production numérique de qualité.
- Partenariats avec des industries cinématographiques étrangères.
Panel 4 : Formation des acteurs du cinéma à l’ère de l’IA
Ce panel discute de la nécessité d’intégrer l’IA dans la formation des professionnels du cinéma pour renforcer leurs compétences et adapter leurs pratiques.
- Sous-thèmes :
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- Révision des programmes académiques pour intégrer l’IA.
- Développement de formations qualifiantes et adaptées aux besoins de l’industrie.
- Utilisation de l’IA comme levier de transformation des métiers du cinéma.
Panel 5 : IA et politiques de genre dans le cinéma
L’IA peut-elle contribuer à l’inclusion et à la diversité dans l’industrie cinématographique africaine ? Ce panel réfléchit à son rôle pour promouvoir l’égalité des genres et valoriser les talents féminins.
- Sous-thèmes :
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- Le cinéma comme outil de promotion des politiques publiques sur l’égalité des genres.
- L’IA comme levier de valorisation des rôles féminins dans la production cinématographique.
- Développement des compétences professionnelles à travers l’IA.
III. Méthodologie des Interventions
Les interventions s’organiseront autour des principes suivants :
- Clarté et pertinence des exposés, en lien avec les axes thématiques définis.
- Partage d’expériences pratiques et de connaissances spécifiques.
- Formulation de recommandations concrètes et implications pratiques pour le cinéma africain.
- Interaction avec le public, à travers des discussions ouvertes et des sessions de questions-réponses.
- Soumission d’une synthèse des interventions, pour alimenter les conclusions du colloque.
Conclusion : Une IA inclusive pour un cinéma africain en transformation
Ce colloque ambitionne d’éclairer les opportunités qu’offre l’IA pour dynamiser le cinéma africain, tout en s’attaquant aux défis spécifiques liés à son adoption. Il s’agit de repenser les politiques publiques, de stimuler la créativité des jeunes générations, de favoriser les partenariats stratégiques, et d’assurer une inclusion équitable des genres.
En explorant ces multiples dimensions, cette rencontre entend positionner l’IA comme un levier de croissance et d’innovation pour le cinéma africain, tout en garantissant une transformation durable, adaptée aux réalités locales.
Balufu Bakupa-Kanyinda
Yaoundé, 20 janvier 2025
